« Dans le Faucigny, du côté d’Arâches et des communes environnantes, vivait l’Homme vert. On dit que c’est en son souvenir qu’a été érigée une croix, en 1831, au lieu-dit la Croix verte en bordure de la D6 reliant Saint-Sigismond à la Frasse. Cette croix était encore visible en 1965. Qui était-il ? Probablement un revenant, on ne le sut jamais. Comment était-il ? D’après de nombreux témoignages, c’était un « homme vert sans tête, revêtu d’une grande pèlerine verte, se promenant souvent sur un cheval, également vert ». Certains l’ont réellement vu, lorsqu’il galopait, à vive allure, sur l’ancien chemin reliant les hameaux de Lays et du Serveray, à travers le bois de la Barietta. Il faisait alors de multiples allers-retours entre ces hameaux, sans jamais sortir du bois. Apparemment, il ne faisait rien d’autre que de faire peur aux habitants des hameaux alentour, mais à tel point que personne n’osait traverser le bois dès que le soir tombait, même lorsqu’il était question d’aller chercher le prêtre, au chef-lieu, afin qu’il vienne, notamment, administrer l’extrême-onction. Un jour, durant l’année 1930, le curé décida que cette situation était devenue intolérable. Aussi annonça-t-il en chaire, à la messe du dimanche, qu’il avait décidé d’organiser une procession dans le but de conjurer l’Homme vert. Il pria ses paroissiens de venir en nombre. La procession rassembla une foule considérable. Une fois arrivé sur place, le prêtre demanda aux fidèles de rester à la lisière de la forêt : « Arrêtez-vous là, moi je file ! » Lorsqu’il revint, un long moment plus tard, il paraissait exténué et de la sueur coulait de son front. Il annonça avoir réussi à conjurer l’Homme vert au prix d’une lutte « corps et âme » épuisante. L’Homme vert ne sévirait plus, certes, toutefois il dut reconnaître que sa victoire n’était pas totale, puisqu’il n’avait, en fait, réussi « qu’à l’atténuer en oiseau ». Ainsi naquit l’Izé. Cet oiseau, personne ne l’a jamais vu, mais on peut l’entendre longtemps lorsqu’il poussait son cri de lamentation, piii ! piii ! piii ! Un jour, trois jeunes prétentieux se mirent en tête de le défier. Ils montèrent au chalet de l’Artos, près du col de la Pallaz entre Saint Sigismond et la Rivière Enverse, où ils étaient sûrs de le trouver. Une fois sur place l’un deux se mit à l’insulter et reçut, en retour, un magistral coup d’aile qui le laissa inanimé durant plusieurs heures. Aujourd’hui on ne parle plus de l’Izé, qui a définitivement rendu le silence au bois de la Barietta, jolie forêt où, désormais, il fait bon se promener sans crainte. On dit qu’il a péri dans l’incendie qui détruisit le chalet de l’Artos. Ou peut-être a-t-il finalement trouvé ce que recherchait l’Homme vert avec désespoir, et que, l’esprit enfin libéré, il s’en est allé, d’un coup d’ailes, par delà les montagnes. A jamais.
Extrait de « Les mystères de la Haute-Savoie » de Jean-Philippe Buord