La porte de l'église d'Entremont

 

« Quand on est mulet, on a le droit d’être têtu. Il portait sur son échine la châsse de sainte Colombe. C’est une sainte qui jouit d’une grande vénération dans la contrée du Borne. D’où venait ce mulet ? Où allait-il ? Qui avait mis ces reliques sur son dos ? Qui lui avait assigné le but de son voyage et l’itinéraire qu’il devait suivre ? C’est ce que personne n’a jamais pu dire. Tout ce qu’on sait, c’est que le mulet s’arrêta à la porte du monastère d’Entremont et attendit qu’on vint lui en ouvrir les portes. Mais il était tard, le frère portier en était à son premier sommeil et le mulet passa de longues heures à faire le pied de grue à la porte du couvent. Il ne s’impatienta pas pour autant, à peine laissa-t-il échapper un léger mouvement d’humeur, mais ce mouvement a suffi pour marquer profondément l’empreinte du pied du mulet dans la porte contre laquelle il avait piaffé. 

Enfin le frère portier se leva, et, entrant sans préambule dans l’exercice de ses fonctions, il tira le cordon pour ce solliciteur importun. Le mulet se dirigea sans hésiter vers le seuil de la chapelle et pénétra jusqu’au fond du sanctuaire. Là, il déposa son précieux fardeau, sans demander l’aide de personne, et après une génuflexion bien accentuée, il reprit le même chemin, se fit tirer une seconde fois le cordon et s’en alla comme il était venu. La châsse de sainte Colombe est là pour attester le miracle (…) Que ceux qui désirent en savoir davantage aillent lui rendre visite. »

 

 

Extrait de « Veillées d’autrefois en Val de Thônes » de Monique Fillion